Aujourd’hui, pour ce deuxième volume de « C’est de l’art pas du cochon », nous nous rendons dans le superbe musée de Brindleton Bay, le Traditional Museum, retraçant l’histoire haute en couleurs de l’île. Le bâtiment en lui-même est digne d’intérêt, puisqu’il s’agit à l’origine du manoir construit par le Comte Vladislaus Straud Premier du nom, l’homme qui a donné ses lettres de noblesse à Brindleton Bay. Le manoir, offert à la ville en 1925 par les descendants (un peu étranges, mais nous en parlerons plus tard) du comte, a été réhabilité (la corrosion du sel avait fait beaucoup de dégâts aux boiseries anciennes) et transformé en musée pour le plus grand plaisir des habitants de l’île et des touristes, l’île étant devenue un lieu assez prisé des hipsters en tout genre.

 

Dès l’entrée, nous sommes dans le ton : une maquette de l’île nous accueille, révélant son magnifique phare, typique de la région, et de toutes les autres régions de Simland. On peut constater que l’île est restée un lieu sauvage et tranquille, malgré l’industrialisation du continent. C’était au XVIIIème siècle un repère de pirates, avant que le comte Vladislaus reprenne l’île par la force et maintienne l’ordre. La légende veut qu’un trésor soit enterré quelque part sur l’île, mais personne n’a encore mis la main dessus.

L’armure du Chevalier de la Table Octogonale est certainement un des joyaux du Traditional Museum. Il s’agirait de l’armure dorée à l’or fin de l’illustre roi Ruhtra, célèbre pour avoir réuni des chevaliers autour d’une quête mythique (la quête du Saint Vase) et d’une table à la forme étrange pour l’époque, octogonale. D’après la légende (encore une, Brindleton Bay foisonne d’histoires en tout genres et de mythes étranges), la tombe du roi Ruhtra serait cachée à 1515 pas du phare, le phare ayant été construit sur un ancien temple druidique. Quant au Saint Vase, personne ne sait s’il a été trouvé ni pourquoi le roi le voulait tellement : peut-être voulait-il offrir un bouquet de fleurs à sa dulcinée ?

« Coq » est une œuvre qui fait polémique au sein de la communauté des critiques. Pour certains, l’artiste aurait voulu rendre hommage à celui qui le réveillait tous les matins aux aurores pour qu’il puisse peindre des cieux exquis. Pour d’autres, il s’agirait plutôt d’un hommage à la ferme dans laquelle il grandit. Toujours est-il que le modèle connut vraisemblablement une fin tragique au fond d’une casserole, donnant à l’œuvre une dimension poignante.

Ce diptyque a une histoire fort intéressante. Les deux tableaux ont été peint par deux hommes différents au même moment, père et fils. Le père, un artiste reconnu, voulu réalisé cette œuvre en binôme avec son fils. Ce fut la dernière œuvre du père et la première du fils (mais aussi la dernière…). Le père avait 80 ans et y a mis toute sa maîtrise de la peinture, imaginant ce couple mal assorti, chien et chat en tenue d’apparat. Le fils lui, contrairement à ce que l’on peut penser, n’avait pas 6 ans, mais la soixantaine bien tassée. On comprend pourquoi il était maçon plutôt que peintre. Mais il voulut faire plaisir à son père en acceptant le défi. Grand mal lui en a pris, puisque c’est quand l’artiste vit le tableau de son fils qu’il décéda, victime d’une brûlure bizarre aux rétines. Le fils, désespéré, laissa les deux œuvres en plan sur les chevalets dans le grenier du peintre. Elles ne furent retrouvées que bien plus tard.

Le Saint-Bernard est le navire amiral du Comte Vladislaus, celui grâce auquel il a bouté les pirates hors de l’île. Le navire porte bien son nom, puisqu’il sauva effectivement les habitants de la baie de la sauvagerie pirate, comme un bon saint-bernard. Mais s’il fut nommé ainsi, c’était surtout parce que le comte avait une réelle passion pour cette race de chien qui le fascinait. Ses parents ayant toujours refusé qu’il ait un animal de compagnie, il baptisa le fleuron de sa flotte de nom de races canines. Le Caniche coula avant d’arriver à l’île, tandis que le Chiwawa dériva sur des miles avant d’arriver à bon port, bien après la bataille.

Nous arrivons à la pièce maîtresse de la collection du musée : le portrait du héros insulaire, le comte Vladislaus Straud Premier. De loin, on pourrait penser qu’il ressemble étrangement à un vampire, avec son teint terreux et son élégance en rouge et noir. D’ailleurs, de nombreuses histoires courent sur sa prétendue appartenance à la famille des vampires. Il faut dire qu’il vécut très longtemps et que le temps n’eut que peu de prise sur son physique. Malgré son aura de héros et de sauveur de l’île, on se méfiait de lui et le manoir n’était que peu fréquenté. Sa famille est encore vivante, mais a déserté l’île après avoir offert le manoir à la mairie. Le quatrième comte vit à Forgotten Hollow et ne ressemble pas vraiment à son aïeul, si ce n’est pour le teint cireux. Le fait qu’il n’y ait eu que 4 comtes en presque 300 ans alimente les rumeurs et les légendes. On ne connaît pas à ce jour le secret de jouvence de la famille mais force est de constater que le mystère et l’ombre convient bien aux Straud qui s’amusent au fil des siècles des ragots de la populace et jouent sur le côté vampirique avec des looks caricaturaux.

Ce serait le comte Vladislaus Premier qui aurait sculpté cette danseuse qui représente sa propre fille cadette. Hélèna était passionnée de danse et pourrie gâtée. Son père ouvrit sur l’île une école de danse rien que pour ses beaux yeux. Mais les filles de pêcheurs et les paysannes n’avaient pas le loisir de s’inscrire dans cette école, pourtant gratuite. Hélèna fut la seule et unique danseuse de l’établissement qui ferma à sa mort, à 102 ans, faute d’élèves.

Nous vous invitons à passer à la fin de votre visite dans le petit café. Pas pour la saveur incomparable du breuvage industriel (des légendes courent sur le fait que les baristas utilisent du café soluble), mais pour le carrelage tout-à-fait remarquable qui est d’origine. Le marbre garde la patine du temps et on peut s’imaginer le comte déambulant dans la pièce, en train d’admirer sa chère Hélèna virevoltant dans son tutu rose. La pièce était en effet la salle de bal du manoir.

Et enfin, le puits à souhait chuchotant est incontournable à la fin de la visite. Laissez vous emporter par la magie du lieu et lancer une pièce (ou un billet) pour faire un vœu. On dit que la sculpture vous répondra selon votre générosité. La nuit, quand les bruits de l’humanité se taisent pour laisser place aux chants nocturnes, le puits lance des murmure à vous glacer le sang. Est-ce le vent qui joue avec les profondeurs, ou bien le fantôme du capitaine pirate que le comte y précipita en paiement de ses crimes ? Si vous voulez descendre pour vérifier, libre à vous !