Il y a peu, l’événement, c’était la rentrée des classes. Vous ne pouviez pas la rater ! Dans les magasins, les fournitures trônaient en plein milieu, bien en évidence, avec bousculades, arrachages de cheveux et porte-monnaie en berne. Dans le journal télévisé, on ne parlait que de ça.
Bref, on en a fait tout un pataquès. Et bien le Blog, ne voulant pas être en reste, consacre aujourd’hui lui aussi un article à ce sujet à la mode.
Mais nous allons nous intéresser aux premiers intéressés, ceux qui ont vécu la rentrée plongés dans le sein-même de la bête, ceux qui n’avaient pas le choix et qui devaient reprendre le chemin de l’école manu militari sans poser de questions : les élèves et leurs professeurs !

Le petit Joey approche en traînant des pieds, cartable énorme sur le dos, et s’apprête à rentrer dans sa classe de CE2, c’est le troisième jour d’école et il semble parfaitement dépité.
– Alors Joey, peux-tu nous donner tes impressions sur la rentrée de cette année ? Tout s’était-il bien passé ?
– Ah ne m’en parlez pas, c’est une véritable catastrophe ! Déjà, je ne suis plus en classe avec mon meilleur pote, c’est trop nul ! Ensuite, j’ai le pire prof du monde, il est trop méchant ! Et puis il fait beau, et là c’est trop la loose !
– Ah mais c’est bien qu’il fasse beau, non ? L’été n’est pas tout-à-fait fini…
– Ben oui, justement ! Je peux pas profiter de la piscine vu que je suis coincé en classe. C’est les parents qui y sont à longueur de journée pour fêter mon retour à l’école. C’est trop pas juste ! L’école, ça a été inventé pour que les parents se débarrassent de nous !

Joey semble vraiment ravi de cette reprise… Mais dirigeons-nous vers cette jeune demoiselle en petite robe adorable, Georgette, qu’elle se nomme (oui, c’est apparemment le retour des vieux prénoms…).
– Bonjour Georgette. Que peux-tu me dire sur la rentrée de cette année ?
– Oh pas grand-chose, c’est comme tous les ans quoi…
– Oui bien sûr, tu entres en quelle classe ? CM1 ?
– Nan, en CP !
– Ah heu… mais heu… tu sembles un peu âgée pour le CP…
– Ben oui, c’est la quatrième fois que je rentre au CP. C’est pour ça que je dis que c’est tous les ans la même chose. T’es bête ou quoi !
– Ah heu, oui d’accord… Mais heu… comment dire… Tu trouves l’école difficile ?
– Non pas vraiment.
– Mais si tu es encore en CP !
– Ah ça… Non, c’est que je ne veux pas partir du CP.
– Ah mais pourquoi ?
– Ben c’est simple, tu as la belle vie quand tu es la plus grande de la classe. Les petits me mangent dans la main, ils ont peur que je les tape, alors ils me filent leur goûter sans que je ne demande rien. Et puis la maîtresse, elle est trop gentille, elle s’occupe beaucoup de moi. Je crois bien qu’elle voudrait se débarrasser de moi. Du coup, elle fait tout pour que je réussisse.
– Sans grand succès à ce que je vois…
– C’est parce que je joue très bien l’idiote qui ne comprend rien ! Plus tard, je serai actrice, je crois. Et puis ça fait les pieds à maman qui voudrait que je sois chirurgien et à papa qui est jamais là et qui m’offre encore des jouets de bébé ! Na. Tout le monde croit que je suis idiote, que je ne sais pas lire, mais s’ils savaient que je lis du Jules Verne en cachette…

Bien, laissons cette actrice en herbe finir son livre avant de rentrer en classe. Allons vite aborder ce petit garnement haut comme trois pommes qui tire les cheveux de sa camarade et lance du sable sur les autres. Il a tout juste 3 ans et c’est sa première rentrée.
– Coucou, Titouan. Alors mon grand, c’était comment de rentrer à l’école ?
– C’est t’o chouette ! Zai pleu’é quand maman est pa’tie, ça l’a fait pleu’é, hihi. Et pis, zai mis de la mo’ve su’ Nathalie (NDLA : Nathalie, c’est l’ATSEM), elle a fait la g’imace, hihi. Ap’és, zai mo’du le ga’çon en bleu, il avait p’is ma pelle. Maît’esse, elle a c’ié mais z’écoute pas. C’est t’o bien l’école ! On s’amuse !

Hou, une graine de voyou… C’est charmant. Bien tournons-nous du côté des enseignants. Tiens allons voir le directeur, déjà, il m’a l’air… un peu occupé, chargé de tous ces papiers.
– Bonjour, M.Pinson. Vous êtes directeur de l’école. Pouvez-vous nous dire comment s’est passée cette rentrée 2018 ?
– Oula, va falloir prendre rendez-vous, je n’ai pas le temps là ! J’ai 15000 papiers à remplir, 10000 assurances à vérifier, des réunions chaque soir pendant 6 mois, et… Titouan, arrête d’embêter Clémentine ! Et une classe à gérer. Désolé, je peux vous proposer, disons… le 15 juillet de l’année prochaine, ça vous va ? Allez, j’ai rendez-vous avec l’inspection académique, à l’année prochaine.
– Heu… Ok…

Bon, cet homme avait l’air un peu surbooké. Allons plutôt aborder cette dame assise sur le banc qui surveille d’un œil vide la cour.
– Madame Lusy, bonjour, puis-je prendre un peu de votre temps pour vous demander comment s’est passée votre rentrée ?
Son visage s’éclaire.
– Oh mais bien sûr, ça fait toujours du bien de parler à des adultes ! Alors la rentrée en elle-même s’est bien passée. Mais bon, c’est jamais simple de retourner à l’école, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.
– Vous êtes professeur à quel niveau ?
– Je suis avec les maternelles, petite section. Une classe de 30 élèves…
– Ah oui, quand même… Et comment ça se passe, pas trop dur ?
– Oh vous savez, j’ai l’habitude et puis je me suis entraînée tout l’été. Sur la plage, j’allais exprès vers les familles qui avaient des enfants en bas âges, je mettais le volume de la radio à fond quand je lisais, j’ai mes petits trucs, quoi.
– Ah mais je ne vois pas le rapport ?
– Ben faut muscler ses oreilles, voyons ! Vous n’imaginez pas le bruit que peuvent faire 30 enfants de 3 ans enfermés dans une classe ! Si j’y vais sans entraînement, c’est mort, je ne retrouve plus mes oreilles ! Non parce que en plus des pleurs des enfants, qui généralement, se répondent et s’intensifient comme s’ils étaient en concurrence, il faut supporter aussi les enfants qui jouent, ceux qui parlent (et fort pour la plupart), ceux qui bougent et ceux qui font tout ça en même temps ! C’est du sport, croyez-moi ! Il faut bien tout l’été pour se préparer à cette épreuve, un peu comme on préparerait un marathon. Alors ils me font rire ceux qui disent que les profs ne font rien, qu’ils ont deux mois de vacances. Non non non, pas de vacances pour les braves ! Il faut se mettre en condition dès le début si on veut tenir sur une année scolaire.

Ho mais allons voir cette petite écolière qui joue à la marelle.
– Bonjour Cassie. Dans quelle classe es-tu ?
– Je suis en Grande section, j’ai 5 ans ! Je suis une grande.
– Oui ma belle. Et dis-moi, qu’elles sont tes impressions sur ta rentrée ?
– Ben l’école, ça pue !
– Ha… Et pourquoi tu dis ça ?
– Ben déjà le matin, pour aller à l’école, on doit suivre le camion poubelle. Ensuite quand on arrive, on sent le chou pourri qu’ils vont nous donner à la cantine à midi, beurk ! Et puis ya Monsieur Pinson…
– Et bien quoi, Monsieur Pinson ?
– Ben il pue du bec ! Quand il s’approche, ça sent comme quand papa boit son café (beurk, ça pue le café) et qu’il prend son apéro du week-end (beurk, ça peu le husky, il aime bien boire du husky-coca avec ses cacahuètes). Les deux, ça pue. Alors quand ils sont ensemble, beurk et rebeurk !

Ah les enfants, ils sont sans filtre, ces chérubins.

Voilà, vous en savez plus sur cette rentrée scolaire. Le Blog espère que votre rentrée a été moins chaotique que celle de nos interviewés. Quoiqu’il en soit, il y a quand même du positif à tout ça : il faut bien qu’il y ait une rentrée pour qu’il y ait des vacances…